07/12/2009

les sortes de voiles : voiles auriques

Il y a plusieurs définitions d'une voile aurique. Au sens large, c'est une grand-voile en forme d'oreille, comme l'indique le nom. Au sens strict, c'est une voile de cette forme, comprise entre 3 espars : le mât, à l'avant ; le gui, ou bôme, en bas ; la corne, ou pic, en haut. On l'appelle encore voile à corne.

On va donc voir :
- Les voiles auriques au sens strict, ou voiles à corne.
- Les voiles houari.
- Les voiles au tiers.
- Les voiles à livarde.
- les voiles de jonque (voiles lattées).

- Les voiles à corne :
On vient d'en donner la définition. Le gui et la corne (ou pic) se terminent contre le mât par des extrémités en forme de fourche, les encornats.
Ci-dessous, la grande goélette Eleonora est bout au vent ; l'équipage vient de finir de hisser les 2 voiles à corne du bateau (misaine sur le mât avant, grand-voile sur le mât arrière). Souvent, sur les goélettes, la misaine est beaucoup plus petite que la grand-voile.


Lorsqu'elle n'est pas utilisée, la voile est ferlée entre ses 2 espars
, comme on le voit sur la photo de la
Nébuleuse, ci-dessous.


La voile est guidée, le long du mât, par des cercles, dits cercles de racage, reliés au guindant de la voile.
Le gui, qui porte la bordure de la voile, est à peu près horizontal, tandis que la corne est inclinée, son extrémité arrière étant plus haute que l'encornat. Lorsqu'on hisse la voile, la corne doit impérativement rester horizontale : sinon l'encornat provoque des frottements énormes, rendant l'effort nécessaire trop grand et risquant d'abîmer le mât.
Sur la photo ci-dessous, l'équipage hisse la grand-voile du ketch Tecla : on voit la position de la corne, qui est hissée à peu près à l'horizontale.


Ci-dessous, sur le dundée Vieux Copain, l'encornat est hissé au maximum : il ne reste plus qu'à hisser le pic, c'est à dire à apiquer la vergue p
our faire disparaître les plis de la voile, lui donner une belle forme et son efficacité maximale.


L'écoute est fixée sur le gui, à son extrémité arrière ou près de cette extrémité.
Lorsque la corne n'est pas trop inclinée, la voile à corne peut être surmontée d'un flèche, triangulaire ou à 4 côtés. Les ketchs peuvent souvent en porter un sur chaque mât, comme Carmelan sur la photo ci-dessous.


Les dundées, yawls et cotres à tapecul ne portent généralement pas de flèche au-dessus du tapecul : ci-dessous, la Nébuleuse porte toute sa toile.


Sur cette photo prise du pont, le grand flèche bleu du dundée Nébuleuse est établi au dessus de la grand-voile, dont voit bien les détails du guindant et les cercles de racage.


La réduction de voilure se fait grâce à des bosses de ris, frappées sur des cosses disposées sur le guindant et sur la chute de la voile ; des garcettes, fixées au niveau des bandes de ris, sont nouées autour du gui : elles permettent de serrer la toile contre celui-ci.
Les 2 photos ci-dessous montrent le cotre à hunier Le Renard portant sa grand-voile complète (en haut ; on distingue les 2 bandes de ris) et, au-dessous, sous grand-voile réduite au 2 ème ris.


On trouve ce type de grand-voile sur de nom
breux cotres, dundées, ketchs, sur des goélettes, sur des bricks goélettes
Voici quelques exemples de voiliers portant une ou plusieurs voiles à corne :

Un cotre, Moonbeam of Fife.

Un dundée, Sant C'hireg.

Un ketch, Iris.
Une goélette franche à 2 mâts, America


Une goélette à 2 mâts à hunier, Pride of Baltimore.

Une goélette franche à trois mâts, Kathleen and May

Une goélette à trois mâts à huniers, Marité.

Un brick-goélette, Swan fan makkum.



Le mât arrière (mât d'artimon) des grands voiliers à voiles carrées porte une voile à corne, appelée brigantine.
Sur l'image ci-dessous, on remarque la
brigantine divisée en 2 par une corne intermédiaire, du trois-mâts Alexander Von Humboldt. Le flèche, qui peut se porter au-dessus de la brigantine, est resté ferlé.


Ce gréement caractérise les trois-mâts et quatre-mâts barques. L'image suivante montre les voiles d'artimon du Belem complètement hissées : en bas , la brigantine ; en haut, le flèche.


La photo suivante est le détail de la précédente ; elle montre la disposition de la brigantine et du flèche lorsqu'ils sont établis. Les cargues sont les cordages qui servent à replier la brigantine contre le mât et le gui.
Voici maintenant la disposition des mêmes voiles lorsqu'elles ne sont pas établies : contrairement à ce qui a été vu sur les voiliers à corne moyens et petits (ferlage de la voile entre la corne et le gui), la corne reste fixe, en positon haute. La brigantine est rabattue contre la mât grâce aux cargues, manœuvrés depuis le pont. Le flèche est cargué dans l'angle que fait la corne et la partie supérieure du mât.




On peut exceptionnellement rencontrer des voiles à corne sans gui ; la goélette du Cotentin, Neire Maôve, est un exemple ainsi gréé. Sur la photo ci-dessous, on voit bien l'absence de gui. Mais le haut de la voile est bien porté par une corne qui s'appuie sur le mât.



- Les voiles houari.
Elles ressemblent beaucoup aux voiles auriques, mais la vergue est très apiquée, presque verticale. De loin, la voile paraît presque triangulaire, ressemblant à une voile bermudienne : ce type de voile permet d'avoir un rendement proche de celui d'une voile triangulaire, mais avec un mât relativement court (ce qui est pratique en rivière, par exemple). La forme de la voile et la position de la corne ne permettent pas l'utilisation d'un flèche. La baleinière Sterenn Lanester, ci-dessous, montre un bon exemple de gréement houari.


- Les voiles au tiers.
Elles ont la forme des voiles auriques, mais sont suspendues à une vergue ; le bas de la voile n'est, en général, pas fixée à un gui ; l'écoute est directement amarrée à la voile.
Les misainiers typiques ont une seule voile au tiers, la
misaine. Ces petits bateaux, nombreux sur les côtes bretonnes, sont facilement maniables par un seul homme et manœuvrants ; ci-dessous, on voit un misainier, le C'hoari Wan dour, tirer des bords dans le port de Concarneau. Lors de louvoyages, on garde la voile du même côté du mât, mais lorsqu'elle est au vent du mât son rendement est moins bon que quand elle est sous le vent. Lorsqu'on court de longs bords et si l'équipage est suffisant, il faut faire passer la voile de l'autre côté du mât. Pour cela, il faut la descendre puis faire passer la vergue et la voile de l'autre côté du mât : on appelle cela gambeyer. C'est très physique, et cela devient difficile quand la mer est agitée.
Les bateaux plus grands ont 2 mâts.
Il existe des misainiers à tapecul, dont le mât arrière (tapecul) est moins important que le mât avant ; il n'est installé que dans des conditions faciles de vent et de mer.

Mais les bateaux à voiles au tiers et 2 mâts les plus courants sont les chaloupes. Le mât arrière (taillevent) est alors plus haut que le mât avant (misaine) et peut porter un flèche, plutôt appelé hunier. dans cette taille de bateau, on ne change plus les voiles de côté : la vergue de misaine est hissée sur tribord, la vergue de taillevent sur bâbord. On voit bien cette disposition sur la photo de la chaloupe de Douarnenez, Telenn Mor.

Il existe cependant de voiles au tiers "bômées". C'est le cas de nombreux petits lougres de la Manche ; par exemple des lougres de Looe en Cornouailles b
ritannique, Pauline (de Dahouet, dans les Côte d'Armor) ; ou encore, sur la photo ci-dessous, Ar Jentiles : on voit une voile classique au tiers à l'avant, et une voile portée par un gui à l'arrière. Cela permet à la voile d'être plus grande, en dépassant le tableau arrière.


La vergue d'une voile au tiers
est suspendue à u
ne drisse amarrée au niveau de son tiers antérieur (environ), d'où le nom.
Sur de nombreux bateaux, lorsqu'on ne navigue pas sous voile, on affale le tout : vergue et voile, sur le pont, comme on le voit sur ces petits misainiers.


La photo ci-dessous montre la disposition générale d'une voile au tiers de bateau moyen, ici la grand-voile du lougre Corentin.

Avec ce type de gréement, on n'affale pas la vergue : au port, elle reste à poste et la voile est carguée entre le mât et la vergue, comme on le voit ci-dessous, toujours sur Corentin. Le principe est le même que sur la brigantine des trois-mâts barques.


La réduction de la voile se fait en nouant les garcettes d'une bande de ris autour de la bordure de la voile.
Les plus grands des bateaux à voiles au tiers (entre 15 et 20 mètres de longueur de coque) sont appelés lougres et possèdent 3 mâts, c'est le cas de Corentin, par exemple. Seul le grand mât peut porter un hunier (ou flèche) par petit temps.

Les bisquines sont des lougres de pêche très particuliers, reconnaissables à leurs mâts particulièrement longs, en 2 parties et non étayés (il
leur arrive de casser). La voilure est de taille considérable par rapport à la finesse de la coque. Ci-dessous, la bisquine de Cancale, La Cancalaise. On remarquera que les basses voiles des 2 premiers mâts peuvent être surmontés chacune de 2 voiles , au tiers également, qu'on appelle plutôt huniers que flèches. Ce sont bien sûr des voiles de petit temps, qu'on amène dès que le vent fraîchit.




Sur certains petits canots du sud-ouest de la France et du nord de l'Espagne, on trouve un type de voile au tiers particulier, qu'on pourrait plutôt appeler "voile au demi" car la vergue est suspendue à peu près en son milieu : on peut voir là une transition entre la voile carrée et la voile au tiers. De plus, cette voile est hissée pratiquement en haut du mât. C'est par exemple le cas sur la pinasse d'Arcachon ci-dessous.

- Les voiles à livarde.
Elles sont tenues par un espar partant du bas du mât et correspondant à la diagonale de la voile.
Ce gréement assez peu répandu permet de reconnaître les grandes barges de la Tamise : ci-dessous, la photo de la barge Victor montre bien l
a disposition de la grand-voile et de son grand espar en diagonale ; la grand-voile est surmontée d'un grand flèche ; le petit mât arrière (qu'on peut appeler tape-cul) porte aussi une voile à livarde. Ce type de gréement permet le transport de marchandises en pontée sans être gêné par un gui.

On trouve aussi une livarde sur des petits voiliers dont le plus célèbre est l'o
ptimist. Dans ce cas, il y a aussi une bôme.

- Les voiles de jonque, surtout utilisées sur ces bateaux asiatiques mais parfois adaptées à d'autres types de coques, sont aussi des voiles auriques. Il est même possible que les voiles auriques européennes en soient dérivées, car elles sont bien plus récentes.
La vergue est suspendue au mât comme sur une voile au tiers. Surtout, la voile, appelée aussi voile lattée, est tendue sur plusieurs grandes lattes, sur toute sa largeur ; ce qui facilite le ferlage et la réduction de surface. Ci-dessous, une jonque : la Dame de Canton. Seule la voile avant, qu'on peut comparer à une misaine, est
établie. Les 2 autres sont ferlées. Normalement, une jonque ne porte pas d'autre voile, et est notamment dépourvue de foc.

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