10/12/2009

La coque : l'avant.

L'extrémité avant de la coque est l'étrave. Elle doit assurer la pénétration du bateau dans l'eau et donc être le plus hydrodynamique possible.

Néanmoins, sur des bateaux de transport tels que les barges et les péniches, on privilégie le volume de la coque, qui est presque parallélépipédique. L'avant a alors des formes pleines et arrondies.

Le tjalk néerlandais Broedertrouw, ci-dessus montre un exemple de ce type d'étrave : le bateau, très plat et très peu enfoncé dans l'eau, glisse sur l'eau plutôt qu'il ne la fend.

Ce genre d'étrave était courant sur les navires avant le 19 ème siècle :

The Matthew, la réplique de la nef avec laquelle Jean Cabot a exploré les rivages d'Amérique du Nord, a un avant très rond ; remarquer les renforts verticaux à l'extérieur des bordés : ils servaient à protéger la coque lorsqu'on "abattait en carène", c'est à dire lorsqu'on échouait le bateau sur le côté pour caréner (c'est à dire gratter les coquillages et les algues qui la salissaient, puis la repeindre). Avec les cales de radoub actuelles, ces renforts ne sont plus utiles, mais ils ont été conservés par souci d'authenticité.

Batavia est la réplique d'un galion de la Compagnie des Indes Néerlandaise (17 ème siècle).
Shtandart, la réplique de la frégate russe conçue par le tsar Pierre Le Grand, (début du 18 ème siècle) montre aussi des formes avant très arrondie, de chaque côté d'une étrave proéminente.

Endeavour est la réplique du bateau d'exploration de James Cook. Pour réaliser ses expéditions, Cook avait acheté et réaménagé un ancien navire charbonnier (fin du 18 ème siècle).
Ses formes rondes à l'avant, rappelant celles d'une péniche, offrent une résistance importante à l'avancement. Mais on croyait, à l'époque, qu'une étrave pointue provoquerait l'enfournement de la proue dans les vagues. L'étrave avait donc une forme très porteuse, au détriment de l'hydrodynamisme.


Rose, réplique d'une frégate anglaise de la fin du 18ème siècle, possède un avant un peu plus hydrodynamique ; noter la puissante pièce maîtresse de l'étrave, terminée par la figure de proue.

A l'inverse, les yachts de course et beaucoup de voiliers de pêche ont une étrave fine. Le mot cotre vient d'ailleurs de l'anglais cutter, parce que ces voiliers fendent l'eau.

Marche avec est une réplique de cotre sardinier de Concarneau ; l'étrave est très fine.
Une belle étrave de cutter : celle du cotre-pilote anglais (de Bristol) Peggy, construit en 1903.
Ces étraves fines n'ont cependant pas été inventées si récemment ; on les trouvait dès le haut-moyen âge sur les bateaux scandinaves.
Dreknor, ci-dessus, est une réplique de drakkar ; son étrave caractéristique se termine par une tête de dragon (sans doute l'ancêtre de la figure de proue).

La pièce maîtresse de l'étrave des bateaux classiques en bois est une pièce de bois qui prolonge la quille dans l'axe du bateau.

Cette pièce est bien visible, à gauche de la photo, sur cette vue d'un langoustier en construction à Douarnenez.

Souvent, les bordés ne la recouvrent pas totalement et elle reste bien visible de l'extérieur du bateau.
Sur le misainier Rigolo, ci-dessus, on voit très bien cette pièce maîtresse e tla façon dont elle se raccorde à la quille au niveau du brion.

Sur d'autres voiliers, surtout des yachts, les bordés se rejoignent en avant et elle est complètement recouverte.

Cette disposition s'observe ici sur le yacht Tuiga : la pièce maîtresse de l'étrave est invisible. Sur ce voilier, comme sur beaucoup de yachts, l'étrave est inclinée sur l'avant et élancée.
Elle peut être aussi être verticale :
Partridge est un des seuls yachts classiques à posséder une étrave verticale. Par contre, ce type d'étrave très fine, typique des cutters, est très répandu sur les cotres pilotes.

Parfois, l'étrave est inversée (légèrement inclinée vers l'arrière).
La photo ci-dessus montre l'étrave inversée d'Eulalie, caractéristique de certaines chaloupes.


Sur les bateaux métalliques, le "squelette" de l'étrave est invisible ; l'étrave est généralement très fine, surtout au voisinage de la flottaison.
Ci-dessus, l'étrave du trois-mâts brésilien Cisne Branco, une réplique de clipper réputé pour sa vitesse.

L'étrave forme souvent avec la quille un angle, plus ou moins prononcé, appelé brion. Il est plus ou moins enfoncé dans l'eau, mais parfois au-dessus de la flottaison.
Sur le flambart Pauline, on voit très bien ce brion entre l'étrave et la quille, horizontale à l'échouage (en navigation, l'arrière de la quille est beaucoup plus enfoncé que l'avant).

Sur certains voiliers, notamment de nombreux yachts, ce brion est absent ; l'étrave, parfois très élancée, se raccorde à la quille par une courbe douce.

Ces dragons ont une étrave très élancée ; le brion, à peine marqué, est au-dessus de la flottaison.
on a vu plus haut une autre étrave élancée ; celle de Tuiga.

Le profil de l'étrave peut être rectiligne (ou droite), ou convexe (voir Tuiga, ci-dessus), ou concave.
Sur les grands navires, la concavité de l'étrave est accentuée par une guibre, qui la prolonge et soutient le beaupré.

La guibre du voilier-école Pogoria, un des plus récents, est très épurée, sans décoration. L'étrave elle-même est assez élancée mais rectiligne.
Bien que possédant un beaupré, Étoile de France a une étrave sans guibre.

La guibre est souvent ornée par une frise, parfois terminé par une volute.
Une frise dorée décore chaque bord de l'étrave du Belem.
L'étrave du Sorlandet est également ornée d'une frise sur chaque bord Remarquer la forme de la guibre, qui soutient le beaupré.


L'étrave de Statsraad Lehmkuhl est décorée d'une frise très colorée terminée par une volute.

Souvent aussi, une figure de proue termine à l'a
vant ou au-dessus ; Elles représentent le plus souvent un lion, un aigle, une femme ; quelquefois un personnage célèbre .
Voici quelques exemples de figures de proue, en plus des lions que nous avons vu plus haut (Batavia, Shtandart).

Le lion de la proue d'Amsterdam, vaisseau hollandais de la Compagnie des Indes.
La proue d'Eagle, le voilier-école américain, représente l'aigle pêcheur, emblème des USA.

Le cygne et la frise de Tarangini, le voilier-école indien.

La jolie figure de proue du trois-mâts carré Christian Radich.
Celle de la goélette brestoise La Recouvrance est également très réussie.

Sur le trois-mâts carré Amerigo Vespucci, la figure de proue représente le navigateur du même nom (son prénom a donné son nom au "nouveau continent").

le roi du Portugal Henri Le Navigateur (15 ème siècle) a créé la première école de navigation d'Europe, à Sagres, près du Cap Saint-Vincent. Il est représenté par la figure de proue du navire-école portugais Sagres.

Mircea Staria, prince de Valachie qui combattit les Turcs au 14 ème et au 15 ème siècle, est représenté à la proue du navire-école roumain Mircea.
A la proue du voilier-école mexicain du même nom, l'effigie de Cuauthemoc, le dernier empereur aztèque, nécessite un entretien constant.


L'avant des voiliers d'une certaine taille est souvent surélevé, formant un pont supplémentaire, occupé par les apparaux de mouillage (guindeau, etc...) et servant de poste de veille. Sur les cargos, ce gaillard d'avant abritait les logements des hommes d'équipage. Ils étaient très inconfortables car les mouvements du navire sont fortement accentués à l'avant. Aujourd'hui, la cale est devenue la partie habitable du navire et le gaillard d'avant est occupée par des soutes à matériel et des ateliers.
Le gaillard d'avant du Belem, ci-dessus, est peint en blanc.

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