11/09/2015

Naufrages, collisions et autres fortunes de mer

     Les naufrages, les fortunes de mer et autres catastrophes.
 

    Combien de voiliers  traditionnels et de  grands voiliers se sont perdus autrefois ? Lors des grandes découvertes, la plupart des bateaux ne revenaient pas ; Magellan, par exemple, était parti avec 5 bateaux et 237 hommes ; son second, Juan Sebastian de Elcano, ramena 1 seul bateau et 18 marins (quelques autres hommes, faits prisonniers en cours de route sont revenus plus tard. Au XIXème siècle et au début du XXème, de nombreux cap-horniers ne sont jamais revenus. Les pêcheurs, eux aussi, payaient un lourd tribut à la mer, aussi bien en pêche côtière qu'à la pêche à la morue (terre-neuvas, "islandais"), sans oublier les thoniers (207 morts, 28 bateaux perdus et près de 500 bateaux plus ou moins gravement avariés en une seule tempête en 1930).
     De nos jours, des prévisions météo à peu près fiables permettent d'éviter les zones les plus dangereuses ; les moyens de navigation modernes permettent de se situer de façon plus précise et d'éviter les dangers de la côte et les écueils ; le moteur permet de se dégager d'un danger vers lequel porte le courant, quand le vent est contraire et la puissance des voiles insuffisante au louvoyage.
   On appelle "fortune de mer" les ennuis qui peuvent arriver en navigation ou au mouillage (le mot fortune, à l'origine, ne désigne pas qu'un sort favorable : on parle aussi de mauvaise fortune, et c'est dans ce sens qu'il faut voir le mot dans le cas présent). Cela peut aller d'une casse de matériel  (notamment d'espars ou même de mâts : démâtages) à son naufrage : destruction totale du navire ou  engloutissement par les flots. Le bateau peut aussi s'échouer, avec plus ou moins de dégâts. C'est l'échouement, à ne pas confondre avec les échouages, lors desquels on laisse volontairement le bateau se poser doucement sur le fond, régulièrement ou non, à marée basse.
     Le bateau échoué peut parfois être déséchoué ; s'il y a des marées, on peut éventuellement compter sur une marée haute de fort coefficient; Dans une mer sans marées, c'est plus compliqué ; si le bateau est échoué dans le sable, on peut toujours tenter de creuser une fosse sous la coque... Quant à un bateau qui a coulé, on peut tenter un renflouement, si sa valeur marchande ou historique le justifie (comme on l'a fait en Suède pour le Vasa, plus de 350 ans après son naufrage.
     Au XXI ème siècle, des catastrophes peuvent encore survenir à des voiliers traditionnels, et même les navires modernes n'en sont pas à l'abri.
     Un navire peut en heurter un autre ; si les 2 bateaux font route on parle de collision. Si un bateau heurte un bateau au mouillage, ou amarré, ou un objet fixe (balise, jetée, ponton, etc), les anglo-saxons parlent plus précisément d'allision.
    C'est un accident de ce genre qui est survenu le 20 juin 2013, au large de Den Helder, au nord de la Hollande. Le Sedov a heurté une kogue allemande (sorte de caravelle), Lisa Von Lübeck, lors d'un rassemblement de voiliers. Le bateau allemand, en bois, était au mouillage ; il a évidemment plus souffert que le grand navire-école russe, son bout-dehors et son étrave ayant longuement frotté contre l'immense coque en acier. On ignore pourquoi le quatre-mâts n'a pu éviter la kogue, alors que la visibilité était excellente et que le plan d'eau était peu encombré. Voir la video. Le Kruzenshtern, lui, a percuté des bateaux militaires dansle port deReykjavik ; Là aussi plus de peur que de mal, mais ces grands voiliers semblent avoir du mal à se passer de remorqueur pour les manœuvres portuaires.
    Le trois-mâts allemand Alexander Von Humboldt l'a échappé belle lorsqu'il a été heurté sur l'arrière bâbord par un chalutier, le 20 août 2010. Malgré les coups de corne répétés du voilier-école, l'équipage du bateau de pêche n'a réagi qu'au dernier moment en faisant machine arrière toute : sur la video en lien, on voit un panache de fumée noire au moment même de l'abordage.(juste avant la collision, le chalutier naviguait à pleine vitesse et n'était pas en pêche). Heureusement, le vieux voilier est solide...
  Une collision avec un autre chalutier a provoqué une déchirure dans la coque du Belem, heureusement bien au-dessus de la flottaison : le Tethys, un chalutier sortant de Lorient, l'a heurté au large de l'île de Groix, alors qu'il naviguait à la voile, de nuit, le 1er octobre 2002 : voir article sur le site du Belem.
     Dans les 2 cas, comme dans beaucoup d'autres entre bateaux à moteur, c'est l'absence de veille à la passerelle qui est responsable. les patrons des 2 chalutiers ont été condamnés.
     Il arrive aussi que, lors de rassemblements nautiques, deux grands voiliers se frôlent et que leurs vergues se heurtent, comme cela a été le cas entre le Thor Heyerdahl et le Shabab Oman lors du départ de la tallships race 2010.
        Le 5 septembre 2015, le cotre à tapecul normand Marie-Madeleine s'est échoué sur un récif des îles Saint-Marcouf. Pas de pertes humaines, mais il a fallu procéder à des hélitreuillages ; le bateau a pu être déséchoué plus tard.
        Lors de l'été 2013, c'était la série noire : 4 naufrages de voiliers-école ont eu lieu : 
    Le 9 août 2013, un brick-goélette allemand, Falado von Rhodos (23 m de longueur de coque) a sombré dans un coup de vent près des côtes islandaises. Les vagues atteignaient 12 m. L'équipage et les stagiaires ont, heureusement été sauvés. 
     Le même jour, The blue Sirius, un voilier estonien construit en Norvège en 1907, a dû être évacué à la suite d'une grosse voie d'eau ; à demi-submergé et en fâcheuse position, il a fini par être récupéré et navigue à nouveau.
     Le 24 juillet 2013 (le même jour que le dramatique accident ferroviaire de Saint-Jacques de Compostelle) le brick néerlandais Astrid s'est échoué sur les rochers près du port de Kinsale, près de Cork, en Irlande. L'équipage est heureusement sain et sauf, mais le navire a finalement été détruit.
    Le 11 juillet, le ketch norvégien Wyvern af Aalesund (un "Colin Archer" de1897) a coulé pendant une étape de la tallships race, en mer Baltique, près des côtes suédoises ; l'équipage a été sauvé, mais un mécanicien du Wylde swan , resté prisonnier du bateau au cours des opérations de sauvetage est décédé. Le renflouement de ce voilier historique est maintenant réalisé et le bateau devrait être réparé, après expertise. 
     Une année noire pour les voiliers traditionnels, et un autre naufrage s'est produit sur l'île Maurice en février. La goélette Isla Mauritia, peut-être le plus vieux voilier existant (lancé  à Majorque en 1852) a cassé son mouillage lors d'un cyclone tropical. Il s'est sur le rivage échoué et est depuis en bien fâcheuse position. On ne sait pas encore s'il pourra être renfloué. Après Maria-Asumpta et Tho-Pa-Ga (voir ci-dessous) c'est une dernières goélette majorquines (encore appelées pailebots) qui risque fort de disparaître.
   
      Un autre  naufrage récent s'est soldé par la mort de 2 marins et la disparition totale du navire  : c'est celui du HMS Bounty, trois-mâts américain construit en 1960 pour le film "Les révoltés du Bounty".  Cette catastrophe a eu lieu le 29 octobre 2012 en bordure de l'ouragan Sandy (qui a été également meurtrier et dévastateur à terre). 
      En 2012, la goélette à hunier Jacob Meindert a démâté en mer du nord, sans faire de victimes ; mais les dégâts étaient impressionnants.
      Fin mai 2010, un drakkar, Vinland, a chaviré alors qu'il revenait à son port d'attache, Canet en Roussillon, après avoir participé à un rassemblement de voiliers traditionnels à Sète. La vedette de sauvetage a récupéré les trois équipiers, mais l'épave n'a pu être remorquée et a disparu. 
      Un  naufrage sans victimes est celui du trois-mâts goélette Concordia, en février 2010, au large de Rio de Janeiro, par chavirage dans un grain violent. Ce navire de 57 m de long hors-tout. n'avait que 18 ans. C'est également un fort coup de vent qui a provoqué le démâtage, en octobre 2010, du brick polonais Fryderyk Chopin. Pas de victimes, là non plus et le bateau  pu être remorqué en Angleterre.  Comme quoi, il est préférable que le gréement cède dans ces conditions ! Tout marin redoute ce genre de problème ; mais cela doit être encore plus impressionnant, pour des jeunes à peine amarinés, dont c'est souvent la première croisière, de se retrouver sur un navire en perdition ....
       En ce qui concerne le Concordia,  tout le monde a entendu parler (et quasiment suivi en direct) de la catastrophe du grand paquebot qui portait le même nom et était armé par Costa croisières. Ce naufrage (le soir du vendredi 13 janvier 2011), du apparemment à une grossière erreur de navigation, a fait 30 morts.  2 ans d'écart entre les 2 naufrages ; le beau nom de Concordia serait-il donc maudit  ? (rappelons aussi le dramatique accident de l'avion supersonique Concorde).
     
    Le naufrage du brick-goélette Asgard II, qui a coulé pour une raison indéterminée en septembre 2008. Le voilier-école irlandais se rendait de Douarnenez à La Rochelle pour le Grand Pavois. Toutes les personnes qui étaient à bord ont, également été sauvées. Les propriétaires ont renoncé au renflouement, qui aurait été trop onéreux.
      En 1995, le brick Maria-Asumpta, qui était le plus vieux voilier en état de naviguer dans le Monde, s'est désintégré en quelques minutes après s'être échoué sur les rochers de la côte de Cornouailles, en rentrant au port de Padstow.  Un courant portait le navire, encalminé, vers les rochers ; le moteur a refusé de démarrer et il était trop tard pour tenter une réparation. Le naufrage a fait 3 victimes sur les 15 marins à bord. Le propriétaire et commandant, Mark Litchfield, a été condamné à de la prison pour ce drame.
    Deux autres grands voiliers ont fait naufrage dans les années 1980 : le premier Pride of Baltimore (goélette à deux mâts) et le Marques, petit trois-mâts barque construit en 1917. Les 2 navires ont été pris dans de grains très localisés et extrêmement violents, dans les parages des Bermudes (Ah, le fameux triangle...). Coïncidence étrange ou malchance, le Marques était une ancienne goélette majorquine (très modifiée) comme Maria-Asumpta et ses propriétaires étaient déjà Mark Litchfied et Robin Cecil Wright.
     Un autre grand voilier comparable, construit en 1924, la goélette Thö Pa Ga, a coulé dans le Golfe de Gascogne en juillet 2008. Il se rendait aux fêtes de Brest. Tous les équipiers ont heureusement été sauvés.
     En ce qui concerne les très grands voiliers, il faut rappeler le tragique naufrage du 4-mâts Pamir. Ce grand navire, qui ressemblait au Kruzenshtern, a été pris dans un ouragan au sud des Açores, le 21 septembre 1957. C'était un voilier-école, un des deniers à transporte aussi des marchandises (céréales). Sur les 86 personnes à bord, dont 52 élèves, on ne retrouva que 6 rescapés, dont seulement 2 cadets. Les moyens de repérage et de sauvetage en pleine mer étaient encore très limités à cette époque ; les embarcations de sauvetage du bord  étaient des chaloupes en bois, peu fiables par très gros temps. C'est à partir de cette époque que la sécurité est devenue une préoccupation absolue : recherche par des avions, sauvetage par des hélicoptères et des navires de sauvetage tous temps (insubmersibles et autoredressables), embarcations de survie pneumatiques, gilets et vêtements de survie de plus en plus sophistiqués...). 

  En 2012, la goélette à hunier Jacob Meindert a démâté en mer du Nord, sans faire de victimes ; mais les dégâts étaient impressionnants.

   Le 30 juillet 2009, un incendie a détruit le galion Prinz Willim, dans son bassin du port de Den Helder, au nord de la Hollande. La réparation, ou plutôt reconstruction, sera très coûteuse si elle est possible. Un autre incendie a ravagé le Cutty Sark, clipper anglais pieusement conservé à Greenwich (quartier de Londres. Les dégâts sont aujourd'hui réparés et on peut à nouveau visiter cette merveille.
     Un bateau peut aussi tomber d'une grue, lors d'une erreur de manutention ou d'une rupture mécanique : c'est arrivé à Esterel au mois de septembre 2012, en Italie. C'est rare, mais il a fallu que cela arrive à un bateau classé monument historique ...

    Il peut arriver aussi que tout aille mal sur un navire et que cela se termine à peu près bien : fin mars 2013, l'ancienne goélette à trois mâts Frya, renommée La Licorne, est tombée en panne de moteur, de batterie, de barre, etc... Les 2 voiles qui étaient hissées, la grand-voile et un foc, se sont déchirées par 25 nœuds de vent. L'équipage, qui avait embarqué des stagiaires, a dû appeler le CROSS ; la  vedette de la SNSM de Ouistreham a remorqué le navire jusqu'à ce  port sans dégâts supplémentaires. Le bateau, laissé à l'abandon à Paimpol pendant des années, avait été remis en état à Cherbourg : trop sommairement, apparemment......


       Ceci étant, et malgré la série noire de 2013 (qui a été bien pire dans le transport ferroviaire !), inutile de craindre une croisière sur voilier traditionnel : il y a eu moins de victimes en 30 ans sur ces voiliers que lors de la seule catastrophe du Costa Concordia et aucun moyen de transport  terrestre, aérien ou maritime n'est sûr à 100 %.
          

1 commentaire:

  1. Je vous remercie pour ces statistiques. En effet, il y a tellement d’accidents qui peuvent se passer en mer. Et même qu’on n’a pas encore trouvé d’explications qui tiennent la route à certains. Même si le nombre de victimes semble minime par rapport aux autres moyens de transport, les autorités doivent néanmoins prendre plus de précautions.

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